TEXTES dits au cours de la déambulation
organisée par les fédérés de LIBOURNE le 8 avril 2011
Louis AdolpheTHIERS
Monsieur Louis Adolphe Thiers tu es né à Marseille le 15 avril 1797. Il paraît que tu étais un Bourgeois avide de pouvoir et d’argent, d’une pingrerie rare. Tu représentes si bien la bourgeoisie louisphilipparde, que le romancier Balzac t’a pris pour modèle de son jeune provincial ambitieux, Rastignac.
Je vais pas raconter ta vie, je la connais pas assez bien et tous les dictionnaires s’en sont chargés. Ce que je sais c’est que tu étais un homme de petite taille, avec une houppe ridicule et un physique sans grâce, poussé aux extrêmes par une extrême vanité et aussi par ce besoin de te comparer à Napoléon… Tout ça t’a valu le surnom de «Foutriquet».
Monsieur Foutriquet ! Toi alors, on peut dire que tu savais manipuler les hommes avec subtilité. Député, conseiller, ministre, président du conseil, président de la république, dis donc ! tu as quand même réussi à obtenir par le vote tous les honneurs que tu voulais. Député, conseiller, président du conseil, président de la république...
Pourtant, c’est toi qu’on retrouve aux premières loges chaque fois qu’il s’agit d’écraser le peuple, tout le long du 19° siècle.
En avril 1834, c’est toi qui as réprimé la seconde révolte des canuts, les travailleurs lyonnais de la soie : 600 morts et 10.000 arrestations
Face aux émeutes ouvrières de juin 1848, c’est toi qui as proposé de reconquérir Paris par l’armée et de liquider l’engeance révolutionnaire et socialiste.
Et la sauvage répression de la Commune, c’est encore toi ! Monsieur Foutriquet ! Entre 20 000 et 35 000 exécutions… Une dizaine de milliers de déportés.
Là, tu as un peu exagéré Monsieur Louis Adolphe Thiers. Je crois que tu as terni durablement ta réputation aux yeux de certains. Même Georges Clemenceau, maire de Montmartre pendant la Commune, il a dit : « Thiers, le type même du bourgeois cruel et borné qui s’enfonce sans broncher dans le sang »
Je vais pas en rajouter Foutriquet mais je veux juste, aujourd’hui, alors qu’on est dans une rue d’une petite ville de province qui te fait l’honneur de porter ton nom, te dédier ce poème que Jacques Bertin avait écrit il y a 40 ans aux sinistres assassins du Chili :
Toujours les mêmes pour faire circuler le coeur des gens
Cela sera un peu plus dur de vivre avec
Le souvenir de ce crime au coin de la rue et tout ce sang
Il y a eu un crime, on a tué un peuple, on fait circuler les passants
Je circule donc. La vie me pousse sans ménagements
Je m'en vais me construire avec le mortier des reculs, des renoncements
Une maison où je place chacun à sa place, mon enfant
Mes amis et cent mille générations de pauvres gens
Mais, dix mille ans de lutte contre dix mille ans de mensonges, je suis patient
Je me bats quelquefois le dos au mur avec le bonheur fou que je protège sous ma veste
Comme un message ou une bombe destinés à quelques clandestins
A cause de ce bonheur-là je dis que je suis invincible
A cause du fil qui dans les siècles se tend je ne faiblis jamais
A cause de ce bonheur je suis partout chez moi et je ne suis jamais
Déraisonnable.
Tous ceux que je méprise sont nus. Je les soupèse. Je les dévisage
Craignez le regard qui écrit votre vrai nom sur vos visages
Comme une gifle cinglante ou comme une balafre.
Je n'oublie rien, jamais. Je ne faiblis jamais
J'écris, j'écris sur des papiers pour les saboteurs
Courez la nuit le long des voies,
J'écris pour le temps qui va
Qui ne donne sa force qu'à ceux qui ont un monde à gagner
Victor HUGO
Victor Hugo a suivi les événements de la Commune depuis Bruxelles. Il ne croisera réellement les Communards qu’une seule fois : le 18 mars, marchant presque seul derrière le corbillard de son fils, et les gardes nationaux, dans leur premier jour de combat, s’écarteront pour lui faire une haie d’honneur.
Au début de l’insurrection, il s’est contenté de condamner la guerre civile tout en défendant politiquement les principes de la Commune. Mais après la semaine sanglante, il condamnera sans retenue la répression et luttera activement pour l’amnistie des Communards.
« Tôt ou tard, Paris Commune s’imposera. Et l’on sera stupéfait de voir ce mot Commune se transfigurer, et de redoutable devenir pacifique. La Commune fera une œuvre sûre et calme... »
Est-il jour ? Est-il nuit ? Horreur crépusculaire !
Toute l'ombre est livrée à l'immense colère.
Coups de foudre, bruits sourds. Pâles, nous écoutons.
Le supplice imbécile et noir frappe à tâtons.
Rien de divin ne luit. Rien d'humain ne surnage.
Le hasard formidable erre dans le carnage,
Et mitraille un troupeau de vaincus, sans savoir
S'ils croyaient faire un crime ou remplir un devoir.
L'ombre engloutit Babel jusqu'aux plus hauts étages.
Des bandits ont tué soixante-quatre otages,
On réplique en tuant six mille prisonniers.
On pleure les premiers, on raille les derniers.
Le vent qui souffle a presque éteint cette veilleuse,
La conscience. O nuit ! Brume ! Heure périlleuse !
Les exterminateurs semblent doux, leur fureur
Plaît, et celui qui dit : Pardonnez ! Fait horreur.
Ici l'armée et là le peuple ; c'est la France
Qui saigne ; et l'ignorance égorge l'ignorance.
Le droit tombe. Excepté Caïn, rien n'est debout.
Une sorte de crime épars flotte sur tout.
L'innocent paraît noir tant cette ombre le couvre.
L'un a brûlé le Louvre. Hein ? Qu'est-ce que le Louvre ?
Il ne le savait pas. L'autre, horribles exploits,
Fusille devant lui, stupide. Où sont les lois ?
Les ténèbres avec leurs sombres sœurs, les flammes,
Ont pris Paris, ont pris les cœurs, ont pris les âmes.
Je tue et ne vois pas. Je meurs et ne sais rien.
Tous mêlés, l'enfant blond, l'affreux galérien,
Pères, fils, jeunes, vieux, le démon avec l'ange,
L'homme de la pensée et l'homme de la fange,
Dans on ne sait quel gouffre expirent à la fois.
Dans l'effrayant brasier sait-on de quelles voix
Se compose le cri du bœuf d'airain qui beugle ?
La mort sourde, ô terreur, fauche la foule aveugle.
Extrait de l’année terrible
Louis Auguste BLANQUI
Louis Auguste Blanqui, dit « l’Enfermé » pour avoir passé près de 37 années en prison, soit presque la moitié de sa vie puisqu’il est né en 1805 dans les Alpes Maritimes et est mort en 1881 à Paris. C’est un révolutionnaire républicain socialiste qu’on pourrait qualifier d’insurgé permanent plus que de « théoricien socialiste agité » tel que le qualifie un savant guide touristique historien libournais.
Nous ne sommes plus au 19ème siècle où la révolution fait peur et révulse les monarchistes, les réformistes et les bourgeois mais encore aujourd’hui certains mêmes savants moins célèbres que Blanqui préfèrent parler d’agitation plutôt que de révolution ou de résistance. Blanqui leur donne raison avec ironie d’avoir peur, lors de son procès en cour d’assises en 1832 : « Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. »
Homme d’action mais aussi de pensée sa vie toute entière fut au service du peuple et de la classe ouvrière, écrit Maurice Dommanget dans le Maitron (dictionnaire biographique du mouvement ouvrier)
IDEOLOGIE
Après des études de droit et de médecine, il se lance dans la politique. Il défend un républicanisme révolutionnaire qu’on appellera le blanquisme. Il se bat pour des idées neuves à son époque, notamment pour le suffrage universel (« Un homme, une voix »), pour l'égalité homme/femme, la suppression du travail des enfants etc. En tant que socialiste, Blanqui est favorable à une juste répartition des richesses au sein de la société. Mais le blanquisme se singularise à plusieurs égards des autres courants socialistes de son temps.
D'une part, contrairement à Karl Marx, Blanqui ne croit pas au rôle prépondérant de la classe ouvrière, ni aux mouvements des masses: il pense, au contraire, que la révolution doit être le fait d'un petit nombre de personnes, établissant par la force une dictature temporaire. Cette période de tyrannie transitoire doit permettre de jeter les bases d'un nouvel ordre, puis remettre le pouvoir au peuple. D'autre part, Blanqui se soucie davantage de la révolution que du devenir de la société après elle : si sa pensée se base sur des principes socialistes précis, elle ne va que rarement jusqu'à imaginer une société purement et réellement socialiste. Il diffère en cela des utopiques. Pour les blanquistes, le renversement de l'ordre bourgeois et la révolution sont des fins qui se suffisent à elles-mêmes, du moins dans un premier temps. Il fut l'un des socialistes non marxistes de son temps. Il soutient trois principes : la société civile dépend entièrement du mécanisme des échanges / l'histoire se développe tout entière autour du combat économique destiné à accroître la richesse / la société humaine évolue vers le communisme et sa marche est accélérée par les abus du capitalisme
HOMME D’ACTION
Il manifeste et est blessé lors d’une manif d’étudiants au quartier latin, il participe à la révolution de 1830, est emprisonné, prêche la violence, est arrêté, inculpé de complot contre la sûreté de l’Etat et à chaque sortie de prison reprend ses activités révolutionnaires. En 1839, il participe à l’insurrection qui s’empare du Palais de Justice, échoue à prendre la Préfecture de police et occupe un instant l’Hôtel de ville, total 50 tués et 190 blessés C’est un récidiviste.
Condamné à mort, sa peine est commuée en prison à perpétuité. Une fois libéré, il s'associe à toutes les manifestations parisiennes de mars à mai pendant la Révolution de 1848, qui donnent naissance à la Deuxième République. Le recours à la violence de la Société républicaine centrale, qu'il a fondée pour exiger une modification du gouvernement, le met en conflit avec les républicains modérés. Arrêté à nouveau, enfermé etc. évadé en 1861 il continue à diffuser ses idées contre le gouvernement depuis son exil, jusqu'à ce que l'amnistie générale de 1869 lui permette de revenir en France. C'est au cours de ces années qu'un parti blanquiste naît et s'organise en sections, réunissant environ 2500 hommes armés dans Paris. Son action se poursuivra jusqu'à la chute de l'Empire et au-delà de la proclamation de la Troisième République : 4 septembre 1870. Blanqui crée alors un club et un journal La patrie en danger.
LA COMMUNE
Chef de bataillon élu de la Garde nationale, il fait partie du groupe insurrectionnel qui occupe l'Hôtel de ville quelques heures le 31 octobre 1870. Le 9 mars, il est condamné à mort par contumace. Adolphe Thiers, chef du gouvernement, conscient de l'influence de Blanqui sur le mouvement social parisien, le fait arrêter le 17 mars 1871. Blanqui sera élu le 26 mars à la Commune de Paris, en tête de liste dans de nombreux quartiers, alors qu'il demeure détenu hors de Paris. Conscient de l’importance de ce prisonnier, Thiers refusera de le libérer en échange de 74 otages de la Commune. Une majorité de communards se reconnaissaient en Blanqui qui s’il n’a pas participé physiquement à la Commune, sinon par son enfermement, était présent idéologiquement parlant. Celui-ci aurait-il modifié le cours de l'histoire s'il avait été à Paris ? Karl Marx est convaincu que Blanqui était le chef qui a fait défaut à la Commune. Ramené à Paris, il est jugé le 15 février 1872 et condamné avec d'autres communards à la déportation, peine commuée en détention perpétuelle eu égard à son état de santé. Le 20 avril 1879 il est élu député de Bordeaux mais son élection sera invalidée le 1er juin. Bénéficiant d’une amnistie générale, Blanqui est libéré le même mois et gracié. Il parcourt alors la France et diffuse ses idées dans son journal anarchisant Ni Dieu ni maître. Après avoir prononcé un discours au cours d'un meeting révolutionnaire à Paris, fin 1880, il meurt d’une crise d'apoplexie le 1er janvier 1881. Ses obsèques sont suivies par cent mille personnes. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Louise MICHEL
correspondance avec Victor Hugo
CHANT DES CAPTIFS
Ici l'hiver n'a pas de prise,
Ici les bois sont toujours verts ;
De l'Océan, la fraîche brise
Souffle sur les mornes déserts,
Et si profond est le silence
Que l'insecte qui se balance
Trouble seul le calme des airs.
Le soir, sur ces lointaines plages,
S'élève parfois un doux chant :
Ce sont de pauvres coquillages
Qui le murmurent en s'ouvrant.
Dans la forêt, les lauriers-roses,
Les fleurs nouvellement écloses
Frissonnent d'amour sous le vent.
Voyez, des vagues aux étoiles,
Poindre ces errantes blancheurs !
Des flottes sont à pleines voiles
Dans les immenses profondeurs.
Dans la nuit qu'éclairent les mondes,
Voyez sortir du sein des ondes
Ces phosphorescentes lueurs !
Viens en sauveur, léger navire,
Hisser le captif à ton bord !
Ici, dans les fers il expire :
Le bagne est pire que la mort.
En nos coeurs survit l'espérance,
Et si nous revoyons la France,
Ce sera pour combattre encor !
Voici la lutte universelle :
Dans l'air plane la Liberté !
A la bataille nous appelle
La clameur du déshérité !... ...
L'aurore a chassé l'ombre épaisse,
Et le Monde nouveau se dresse
A l'horizon ensanglanté !
CHANSON DE CIRQUE
Les hauts barons blasonnés d'or,
Les duchesses de similor,
Les viveuses toutes hagardes,
Les crevés aux faces blafardes,
Vont s'égayer.Ah oui vraiment,
Jacques Bonhomme est bon enfant.
C'est du sang vermeil qu'ils vont voir.
Jadis, comme un rouge abattoir,
Paris ne fut pour eux qu'un drame
Et ce souvenir les affame;
Ils en ont soif. Ah! oui, vraiment
Jacques Bonhomme est bon enfant.
Peut-être qu'ils visent plus haut:
Après le cirque l' échafaud;
La morgue corsera la fête.
Aujourd'hui seulement la bête,
Et demain l'homme; Ah! oui, vraiment
Jacques Bonhomme est bon enfant.
Les repus ont le rouge aux yeux.
Et cela fait songer les gueux,
Les gueux expirant de misère.
Tant mieux! Aux fainéants la guerre;
Ils ne diront plus si longtemps:
Jacques Bonhomme est bon enfant.
Le communard inconnu, la communeuse absente
On a caché les morts, partout,
dans les fosses, on les a brûlés,
pour eux, pas de marbre, pas de plaque ni de fleurs,
de la terre , rien que de la terre dans la bouche,
des milliers dans les puits, dans les bûchers, dans les tranchées,
comme eux le communard inconnu et sa communeuse absente ils sont nulle part,
pas de rue, pas de grand chou à la crème posé sur la colline à Montmartre, non pas de Sacré Coeur,
Mais Ceux qui sont morts tués par balles ne dorment pas.
Ils attendent qu’on vienne, ils n’ont pas froid.
Je suis nu, prends moi dans tes bras, essuie la terre,
couvre-moi de la couverture où point par point,
sont dessinés les noms des camarades...
Ô camarades de partout ne dites pas que vous avez honte
parce que votre cri ne porte pas...
Je suis vivant, je suis debout, je vous entends....
les rues des autres sont partout et eux, les anonymes, sont partout dans l’air, et on les garde au cœur « une plaie ouverte »
le communard inconnu, la communeuse absente,
ils sont par là, ordinaires, l’ouvrier spécialisé, l’instit, le petit commerçant non sédentaire, la conteuse, le technicien en informatique, le chanteur et tous les sans-titre…
certainement il serait parmi nous ce soir.
Il manquait une plaque pour cette déambulation pour rendre hommage au communard inconnu